« Les abîmés »

Impressions sur la pièce et le jeu de Rébecca Azan

Alors bien sûr...

un critique de théâtre dûment estampillé NF sur le gras du bras, ça ne vous raconte pas sa life – même s'il s'agit d'une tranche de vie nullement imaginaire, comme pour ce qui va suivre, en dépit de quelques exagérations stylistiques.
Bien sûr number two, les articles des critiques professionnels ne s'écrivent pas à la première personne, ou très rarement.
Mais voilà, je soussigné "votre serviteur" a carrément peu de chose d'un pro de la critique théâtrale et ce site n'est pas non plus consacré à Polymnie, muse de l'écriture et de la pantomime, comme chacun le sait.
Donc vous allez avoir droit à tout ça d'un coup, hélas.
But, don't panic, comme la maison ne recule devant aucun sacrifice, elle vous autorise à zapper le casting et la première partie, pour tomber directement sur la deuxième, composée d'un chapitre nettement plus succinct. (zap)


Casting

Premier personnage
Un jeune homme qui regardait TLMP avec assiduité et qui était tombé sous le charme de l'assistante de plateau, une certaine Rébecca Azan, appelée ci-dessous "3e personnage". Ledit jeune homme était ensuite entré en contact avec le "2e personnage" par le biais du Net, et même aussi avec le "3e personnage", mais cette fois en direct live dans le studio de TLMP, notamment lors de la mémorable dernière de « Tout Le Monde en Parle ».

Deuxième personnage
Votre serviteur, narrateur et webmestre préféré (bah oui, on disait...) (allez quoi, chipotez pas pour si peu !).

Troisième personnagecliquer
Rébecca Azan, ex-assistante de plateau pour Messieurs Magnéto Serge et Thierry Ardisson ("ex" puisque TLMP a été torpillé par Patrick De Carolis, et nous ne sommes pas près de l'oublier), étudiante en théâtre et en gestion. A propos de gestion, on vous raconte pas ses diplômes universitaires, y en aurait pour toute la soirée.

A noter que cette numérotation ne reflète pas l'importance des personnages, mais plutôt (oui, on sait, l'ami de Mickey) leur entrée en scène.


P'tit préambule

Certaines personnes ayant eu l'outrecuidance ;-) de douter de l'authenticité de ce qui va suivre, précisons lourdement que ce récit est tout à fait fidèle à la réalité, en dépit d'un petit côté "exubérant" dans certaines descriptions, reconnaissons-le.
Ces très légers excès ne pourront cependant pas vous tromper, ils sont d'autant plus faciles à déceler que leur présence a un but unique, celui d'égayer ce qu'une critique de théâtre peut parfois avoir de rébarbatif.
En somme, les faits et circonstances décrits dans ici sont résolument et absolument exacts.


Première partie

Le jeune-homme-qui-regardait-TLMP-avec-assiduité apprend que l'élue de son coeur de fan va jouer dans une pièce pendant le Festival d'Avignon, donc il s'écrie tout de go quoique dans sa tête : « Fichtre ! je ne peux pas rater ça ! »

Petite déchirure dans le continuum spatio-temporel, nous sommes dans les studios de TLMP pour l'enregistrement de la fameuse dernière des dernières ; le calendrier affiche tristement « 6 juillet 2006 », JHQRTAA (Jeune-Homme-Qui...) discute avec la jeune fille qui aide Messieurs Magnéto Serge et Thierry Ardisson en abreuvant les invités et en séduisant de temps à autre Robbie Williams.
Avec sa proverbiale gentillesse (votre serviteur en fut parfois témoin), Rébecca dit à JHQ que ça lui ferait bougrement plaisir qu'il aille la voir jouer, et même que ce serait l'occasion d'échanger quelques considérations.

Or, que demande le peuple ? Rien de plus. Donc tout baigne.

Quoique non, problème il y a pourtant : le boulot du jeune homme ne lui permet pas de partir plusieurs jours, tout au plus pendant 48 heures en fin de semaine.
Qu'à cela ne tienne, à coeur vaillant rien d'impossible, il décide de faire les 960 Km qui le séparent de Miss Rébecca le vendredi, puis, le lendemain, d'un peu visiter la ville avant d'aller la voir performer son rôle le soir même ; et enfin de rentrer illico, dans le coeur de la nuit la plus noire.
Dur dur vous me direz, à juste titre, mais le boulot c'est le boulot, et puis l'hôtel est complet après cette nuitée-là.

Toutefois, comme JHQ n'a jamais fait d'aussi longs trajets au volant, qu'il pense sans doute que ce n'est pas trop marrant d'être seul, qu'il connaît un peu votre Narrateur et qu'il sait que ce dernier apprécie également le charme, le physique et la gentillesse de l'assistante de Serge Khalfon, il lui propose de l'accompagner, de partager la dernière chambre d'hôtel libre en Avignon, d'aller voir cette fameuse pièce interprétée par Rébecca et de rentrer dans la foulée.

Réaction immédiate de Narrateur : « Putain, mais ce type est fou ! »

Seulement voilà, votre serviteur, il aime bien les mecs un peu dingos et les projets du même tonneau. En outre, il n'est plus parti aussi loin de ses pénates depuis bien longtemps, il apprécie également beaucoup le Midi, il a un souvenir de la Cité des Papes comme étant une très jolie ville, et en plus, un Festival de Théâtre, ça ne se trouve pas sous les pas d'un cheval, ni même à chaque coin de rue.
Donc, après s'être fait quelque peu prier – peut-être pour la forme, allez savoir – le Narrateur (oui, moi, bravo, vous suivez) accepte.

Ces deux-là ne se sont jamais vus ni même causé dans le téléphone,  mais ils s'en foutaient puisqu'on ne parlait pas de mariage (alors ici, précisons bien qu'il s'agit d'une plaisanterie, quand bien même allaient-ils partager une chambre d'hôtel).

Second bond en avant dans le temps, nous sommes le vendredi 21 juillet ; huit plombes du mat' sonnent joyeusement au clocher du village, le coq continue de s'égosiller comme un con alors que les poules savent depuis longtemps que ce gros balourd emplumé – et néanmoins macho – est debout.

Narrateur sonne chez le jeune-homme-qui... descend.
« Salut ça va ? ».
Bah oui, on est entre hommes, on va pas se mettre à discuter chiffons quand même ! Les chiffons des mecs, c'est plutôt (oui, l'ami de...) ces machins en métal qui ont des pistons et qui font avancer des caisses à roues. Combien de chevaux la tienne ? Ah ouais, quand même !
Bon, d'accord, y a aussi le foot (quoique pas trop moi), la bière et les filles ; en l'occurrence Miss Réb pour une grande partie du voyage.toutes les vignettes sont agrandissables

La petite Fiesta bouffe bravement du kilomètre et nous voilà-t-y pas en vue des remparts de la cité médiévalo-papale. Rien à dire, ça en jette aux mirettes, ces vieilles pierres. Bon, allez, d'accord, assez d'effusions, restons concentrés puisque – mine de rien – on n'est pas rendus, vous allez voir.

Sortie du GPS de JHQ, c'est maintenant que le délire commence.
Tant qu'il y a des dégagements, ça va, quoique votre dévoué Narrateur pige presque que dalle à ce que la gentille demoiselle qui s'est coincée dans la petite boîte lui raconte ; mais par contre, dans les p'tites rues étroites, c'est carrément le cirque.
« Tournez à gauche ; tournez à droite ; allez, encore un effort, c'est à 50 mètres ; non, pas ici, je sais plus où on est ; là c'est trop loin, tournez à droite ; tournez à gauche ; faites demi-tour dès que possible ; non, pas par là, connard ; pour moi un double cheese avec mayo ; tournez à gauche ; tournez en rond ; ici vous avez une minuscule chance de trouver l'hôtel si la voiture fait immédiatement un double salto arrière ; raté ! Débrouillez-vous ou achetez un plan comme tout le monde. »

Bon, il y a un fond caricatural – je vous avais prévenu – mais l'esprit y est.

Narrateur sort du véhicule – privé de clim, on savourait bien le goût du chaud – il demande à des vigiles-garde-barrières armés jusqu'aux dents où est cette putain de rue de ce putain d'hôtel nommé Untel, ils savent pas trop, remontage dans la voiture, recherchage, redescendage de la bagnole, remontage, coup de téléphone à la réception, indications succinctes quoique utiles, redemandage aux vigiles, hourra ! la barrière s'ouvre (quels cons !!!), avançage dans des petites rues encombrées par trois cent deux mille six cent dix-huit personnes – sans compter les bébés, les furtifs matous et les bruyants clébards – toujours non-trouvage de l'hôtel, début d'énervement teinté de désespoir, tout à coup l'enseigne de notre halte apparaît derrière un écran de branches d'arbre ! Si ça avait été Sharon Stone décroisant ses jambes fuselées, ça ne nous aurait pas fait autant d'effet.

Etrange, les cigales font un boucan d'enfer dans les platanes de la place de l'Horloge, alors qu'il fait déjà noir et qu'elles devraient être sous la couette. Renseignement pris, c'est parce qu'il fait aussi chaud la nuit que le jour. On vous le vend pour ce qu'on l'a acheté, c'est pas elles qui nous l'ont confié.

Nouvelle tuile : la clim de la chambre est en panne. Bonjour l'angoisse en pleine canicule... Mais bon, on est crevés par la route et puis on n'a pas le choix.

Tuile suivante : on avait demandé des lits séparés, ce n'est pas le cas et même avec Miss Stone, votre Narrateur se voyait très mal partager un plumard aussi étroit.

Demandage d'un deuxième matelas, il finit par arriver, la chambre est petite mais la salle de bain est grande, presque autant que le jardin de mon oncle, en tout cas suffisamment pour accueillir un hôte allongé ; à présent tout va bien ou presque dans le meilleur des mondes qui aurait échappé au pire.

Soudain, une idée nous interpelle : et si on allait à la sortie du théâtre ?

Ne vous rendez pas à Présence Pasteur pour ses qualités architecturales, ça ne vaut pas le coup. Par contre, à l'entrée, il y a une grande cour ombragée par de vénérables végétaux très branchus appelés parfois un peu vulgairement « arbres » et en sus du stand-billetterie décoré d'un coquet papier crépon ocre pâle, nous découvrîmes une buvette toute mignonne avec sa jupette en canisses, des tables, des chaises, des gens qui ont délicatement posé leurs postérieurs dessus et qui se désaltèrent en bavardant – c'est très sympa, ça sent les vacances à plein nez.

D'autres pièces sont jouées au même endroit, nous ne savons pas si la troupe de Reb est déjà sortie ; ni si, dans ce cas, elle est restée scotchée là. On demande à Monsieur Billets, il sait pas trop, on mate à gauche, à droite ; rien. Nous sommes sur le point d'abandonner la partie quand quelqu'un nous désigne une table. Je vois une jeune femme de dos avec des longs cheveux bruns bouclés, contournage de la table, c'est elle. Ouf ! cette fois on a mis dans le mille ! (pardon pour l'expression, Miss).
En deux mots, rien que la tête de Rébecca lorsqu'elle nous a vus, ça valait le détour. Ceci dit, si elle s'attendait sans doute – plus ou moins – à voir JHQ, dans mon cas, ce fut totale surprise.

En dépit de ce que notre héroïne était en pleine discussion avec sa troupe au sujet de détails éventuellement perfectibles dans la pièce, au bout de quelques minutes, elle nous rejoint à notre table.
Photos ? Mais bien sûr, photos, et tout ce qu'on veut ! (heu... là aussi il s'agit d'une façon de parler, évidemment). Pour résumer, plus gentille et accueillante que Réb, t'es à l'article de la mort.

Notre actrice qu'elle est rien qu'à nous (à ce moment-là ) a toutefois un petit problème de voix, et à la question : « Est-ce que ton rôle est très physique ? », avec un grand sourire, elle nous répond kèke chose comme : « Vous verrez ! ».

Alors bon, oui, comme des gros égoïstes, on l'aurait bien gardée à nos côtés pendant quelques heures ou bien, pourquoi pas, quelques petites journées de plus, mais elle est évidemment très demandée, et de toute façon, puisque même les meilleures histoires finissent en général par une fin, retour à l'hôtel.

Donc nuit hyper chaude – en dépit de l'absence de l'héroïne de Basic Instinct –, le ventilateur ne brassant rien de bien frais ; en outre très bruyante pour JHQ, car ce fut la teuf dans les rues d'Avignon jusqu'à une heure avancée.

Soit, nous arrivons pourtant à dormir – ou un truc qui y ressemble – et le lendemain, après le rituel tit dèj'ner sur une aimable terrasse, nous jouons aux touristes japonais ceinturés d'appareils numériques, comme me l'a fait aimablement remarquer une correspondante locale (fais gaffe toi, tout se paie un jour !). 

Il y a encore pas mal de monde dans les murs de la vieille ville et des animations un peu partout, y compris des artistes seuls (parfois carrément étêté) au détour des rues.

On croise Dieudonné M'Bala 2 fois, je ne lui fais pas mes amitiés pour les raisons que vous devinez ; mon digital cliquette à gauche et à droite ; on se goinfre les remparts à pinces dans la fournaise en éclusant des tonnes d'eau minérale ; puis on s'en retourne dire bonjour à un cybercafé ; voilà, c'est le soir, il est temps de bouffer.

Ce n'est pas les restos qui manquent, le repas fut frugal because chaleur, on est repartis. Au détour d'une petite rue, je crois croiser Claire Keim à qui – par contre – j'aurais bien aimé présenter mes civilités, mais Claire ou pas, cette très jolie jeune femme n'avait pas l'air d'avoir la tête à ça. Soupir...
Oui mon vieux Caliméro, je sais, la vie est injuste et on n'y peut pas grand-chose.


 
Deuxième partie

Bien, là, il est temps de faire notre come back au théâtre.

La cour n'a pas bougé, les arbres non plus, les bacs de bières oui, y compris – aussitôt – quelques gorgées de leur rafraîchissant contenu sur la pente de nos gosiers ravis. Rébecca arrive, bisous bisous, nous n'échangeons que deux ou trois mots, car présentement, elle doit se préparer en mettant du lourd sur la pédale affectée à la concentration.

Vingt-et-une heures résonnent au sommet d'un vieux campanile somptueusement indifférent à la horde de touristes en chaleur qui tentent de le cerner, ce vénérable édifice en ayant vu d'autres.
Mais peu importe, c'est le moment pour nous d'aller poser nos nobles séants dans une petite salle disposant d'une soixantaine de fauteuils, en nous arrangeant pour être suffisamment bien placés pour pouvoir mater Réb de près. Tant qu'à faire...

Ça commence, le décor est sobre quoique tout à fait approprié, Truck dort sous la table – chacun son truc, si on peut dire – Caprice et Ep entrent en scène. Oui mais non, on ne va pas vous raconter la suite, c'est pas le sujet de ce billet.

Soyons francs, concernant « Les abîmés » et ses acteurs, nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre, n'ayant eu aucune critique à nous mettre sous la dent. Nous espérions évidemment que cette pièce serait bonne, sinon nous n'aurions pas fait le détour (en tout cas, moi), hé bien, très sincèrement, nous fûmes comblés au-delà de toute espérance.
Non seulement il s'agit là d'une vraie bonne histoire jouée par d'excellents comédiens, mise en scène avec un joli talent par Alexandra Chouraqui, mais en plus, la "petite" Réb crève littéralement l'écran. Ouaaaiiis, bon, d'accord, cette expression est idiote dans le cas d'une pièce de théâtre, mais c'est l'impression qu'elle nous a donnée, donc voilà.
Par moment, son rôle est effectivement très physique, en outre un maquillage prononcé met joliment ses traits en valeur, mais ce qui compte avant tout, c'est évidemment son expressivité, son jeu. Dans les moments "calmes", cette toute jeune femme parvient à faire passer plein de choses dans de simples regards ou par le biais de ses attitudes – et cela sans jamais surjouer, avec un naturel étonnant – mais c'est surtout dans les moments dramatiques, physiques, qu'elle peut donner toute sa mesure. Alors là, c'est de la vraie, de l'authentique défonce de comédienne pur sucre ou rage de vaincre, c'est selon.

Donc triple admiration, si on ajoute aux nôtres celle du Monsieur qui a fait des photos à Présence Pasteur ; les autres étant commises par Narrateur.

Bref, si « Les abîmés » se montent à Paris (comme il en est fortement question) et si vous n'habitez pas une zone inexplorée de Nouvelle Calédonie, ne manquez surtout pas d'aller les voir, sinon vous risqueriez de baisser d'un cran dans la profonde estime que nous vous portons.


Epilogue

Il nous est malheureusement impossible de savoir si Rébecca va continuer dans cette voie ou préférer ses études universitaires, avec probablement une bonne carrière à la clef ; mais par contre, il est quasiment certain que si elle continue à tutoyer Polymnie avec autant de talent, elle se retrouvera maintes fois en haut des affiches de pièces, de courts métrages, de téléfilms et de films. 

Narrateur (Tim) avec
l'approbation de
JHQ (Steve) et Chris,
début août 2006.

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